De la relation massacrée à la relation consacrée

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C’est peu de dire aujourd’hui que le couple souffre. Vous avez forcément, dans votre environnement personnel ou professionnel, des couples qui se séparent en se déchirant plus ou moins, et des solos qui cherchent désespérément l’âme sœur, sans pouvoir s’engager et s’unir. Les nombreux couples que nous avons reçus ont fait état, d’une manière unanime, que l’absence ou la mauvaise qualité de la communication est la cause principale de « l’échec » du couple. La communication impacte directement la relation qui (re)lie les partenaires l’un à l’autre. En augmentant la qualité de la communication, on développe la richesse de la relation. Mais il y a toujours quelque chose d’autre à faire, du rangement, les enfants, la télé, la voiture, son smartphone et peu de couples savent prendre le temps de communiquer vraiment. Alors ils massacrent leur relation au lieu de la consacrer.

couple coeurLe couple est une voie d’évolution offerte à chacun. La rencontre amoureuse, de part la complexité de ses enjeux et la diversité de ce qu’elle mobilise, offre un terrain de jeu inégalable pour se découvrir, se confronter, accueillir la différence, s’affirmer, se déployer et plus encore. Après la « nécessaire illusion » de la rencontre (je te choisis car tu vas combler tous mes besoins) vient l’indispensable réalité qui amène à la différenciation. Lorsqu’elle est bien gérée, la relation évolue vers sa forme la plus mature, l’union. Mais, là où ça se complique, c’est lorsque les blessures des partenaires entrent en résonance et déclenchent des conflits : Monsieur Autonome à peur de Mme Fusionnelle et réciproquement, Mme « je manque d’amour et d’estime de moi » fait face à Monsieur « faut se débrouiller tout seul dans la vie ».

Au sens littéral, « consacré » signifie « dédié à Dieu ». Quelle belle ambition ! Consacrer sa relation de couple signifie lui donner un espace et un temps spécifique, ainsi qu’une forme de communication ritualisée permettant aux partenaires de rentrer, en toute sécurité, dans leurs zones de vulnérabilité pour y trouver de la puissance. Tout cela est bien paradoxal. Souvent, on cherche à « traiter » la relation comme un garagiste répare une panne : il y aurait une solution qui résoudrait un problème. Le plus souvent, cette éventuelle solution, basée sur le fait qu’il y a un « coupable », crée encore plus de problèmes. La relation est un processus, un chemin en perpétuel mouvement et en constante transformation. Ce qui est ok aujourd’hui sera périmé demain. Alors il faut créer à l’intérieur de soi un espace, ouvert, d’écoute et de compréhension de soi et de l’autre.

Pour cela, le couple peut sacraliser ses échanges pour amener une confiance inconditionnelle dans la relation : les habituelles manières de communiquer ne peuvent apporter cela. La relation a besoin d’une discipline et d’une pratique assidue : pour aller vers une destination nouvelle, celle du couple sacré, il faut emprunter des chemins nouveaux. La communication consacrée en est un.

Pratique de la communication consacrée

Un cadre : choisissez un lieu agréable et tranquille, et accordez-vous une heure environ pendant laquelle vous ne serez pas dérangés, de manière régulière (une fois par semaine par exemple). Munissez-vous d’un bel objet qui servira de bâton de parole.

Une posture et un souffle: placez-vous face à face, de manière à ce que vous puissiez facilement être en contact physique, prenez un moment pour vous regarder en silence et respirez calmement.

Un rituel : allumez une bougie qui éclairera votre échange. Prenez-vous les mains et évoquez chacun, sous forme d’une prière, ce que vous souhaitez pour cette conversation consacrée.

Un engagement d’expression et d’écoute : après un temps de silence, celui qui se sent prêt se saisit du bâton de parole et exprime ce qu’il désire, lentement et distinctement. Son partenaire écoute en silence. Lorsque le premier a terminé, il repose le bâton. Après un temps de silence, l’autre prend le bâton et s’exprime en 3 temps :

  1. Reformulation : complète et sans interprétation de ce qui a été dit par l’autre
  2. Impact : mise à jour de ce qu’il vit, de ce que cela lui a fait lorsqu’il a entendu l’autre s’exprimer
  3. Contribution : ce qu’il a envie de nommer, de partager.

Ensuite il repose le bâton, nouveau silence et le processus se poursuit ainsi le temps qu’il faut. La qualité de la communication vient de la contrainte de reformulation et du ralentissement inéluctable qui élimine les réactions intempestives.

Une clôture : lorsque le moment est venu (fin du ou des sujets, baisse de la concentration), il est proposé de mettre fin à la conversation consacrée. Le bâton de parole est déposé et les partenaires se remercient de la manière qu’ils souhaitent. Ensuite, on ne revient plus sur ce qui a été dit.

Ces quelques explications « techniques » rendent bien peu compte de l’intensité de communication qui résulte de ce protocole. Elle est due en particulier à cet abandon de vouloir éradiquer les différences pour les laisser vivre et se résoudre d’elles-mêmes. Nous utilisons aussi d’autres pratiques pour consacrer la relation, qui nous ont été transmises (Dominique Vincent, Richard Moss) ou que nous avons inventées, spécifiques à la résolution de conflits, à l’appréciation mutuelle, au donner et recevoir.

J’entends souvent, quand je parle de cette pratique, des phrases telles que « la barre est haute », « avec mon mari ce ne serait pas possible ». Tout est une question d’habitude et on peut démarrer tranquillement. C’est ce qui se passe pour les couples qui nous rejoignent à Lajus. Nous leur faisons expérimenter en toute sécurité et les accompagnons à la vivre dans la profondeur et dans la joie. La prochaine session, ouverte pour 3 couples maximum, c’est du 15 au 20 juillet 2014.

A voir en complément: 5 vidéos sur les piliers des coupes qui durent joyeusement

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9 commentaires:

Thierry Schwershttp://www.espacefontaine.be29 mars 2014 at 11 h 50 minRépondre

Bonjour Philippe et Sylvie,
Merci pour ce bel article et l’idée du temps ritualisée.
A la maison, nous l’utilisons déjà avec les enfants en tant que « conseil de famille ».

Ce que vous appelez « relation consacrée », moi je l’appelle « contact » ou « faire contact ». Cela implique « être présent à l’autre » pour l’accompagner dans ce qu’il vit et lui permettre de l’exprimer dans l’accueil inconditionnel (donc non-jugement du vécu) ; et partager l’impact émotionnel de ce que je vis lorsque l’autre me partage cela. Ce contact implique être curieux de soi et de l’autre.
Etre en contact est souvent très remuant émotionnellement et très riche car c’est ce contact qui permet à chacun de grandir ; et lorsque c’est un couple, cela permet aussi au couple de grandir.

Belle journée,

Thierry

Philippe Geffroyhttp://www.lesjardiniersdeletre.com29 mars 2014 at 17 h 42 minRépondre

Merci, Thierry. Nous avons découvert les prémisses de ce type de pratique en gestalt, tu l’as bien vu. Je crois que « contact » est une étape par laquelle on passe dans ce processus, et qu’on arrive à ce que je nommerai « Intimité ». On peut s’accueillir inconditionnellement et accueillir l’autre inconditionnellement.

Sylviehttp://www.lesjardiniersdeletre.com30 mars 2014 at 20 h 48 minRépondre

Merci Thierry! Oui; quand on goûte à cette prise de contact avec l’autre on a envie d’être le plus souvent possible dans cet espace. C’est merveilleux.
Pour ma part, j’ai envie de le proposer à ma soeur, à des amies, des clients. C’est aussi le siège du coeur et des sentiments d’où tout peut se dire…
A bientôt Thierry chez nous, les Jardiniers!

Maximehttp://www.qualite-relationnelle.com29 mars 2014 at 14 h 15 minRépondre

Merci Beaucoup Philippe pour cet article que je trouve très inspirant.
Ce que tu proposes demande un véritable engagement de part et d’autre et demande beaucoup de lâcher-prise pour accepter la nécessité et l’utilité d’un tel rendez-vous, que ce soit dans le cadre de la relation de couple ou de la relation Parents-Enfants.
La 1ère fois que j’ai lu un tel protocole, mon ego a tout de suite réagit en me soufflant à l’oreille d’un ton courroucé :
« ça serait quand même un comble que tu proposes un rendez-vous à TA femme parce qu’elle dit ne pas bien aller, je n’ai pas besoin de ça pour arriver à bien communiquer, non mais quand même !!!! »
Mon besoin de certitude (ou de contrôle) était a l’œuvre dans toute sa splendeur ;-)
En fait, je restais focalisé sur un bénéfice à court terme (ça passera avec le temps) au lieu de me projeter dans le futur et de voir la conséquence de mon attitude sur la relation à long terme.
Et, ce que j’ai pu observer, c’est qu’après avoir atteint un point de limite d’inconfort personnel et que je suis prêt à agir dans le sens que ma femme souhaitait, elle en a tellement marre d’avoir attendu pour « rien » que je me retrouve avec un cinglant « il t’a fallut tout ce temps pour réagir, c’est trop tard, vas te faire foutre » !!
Là, c’est ego qui a pris le pouvoir ;-)
Comment éviter une telle spirale infernale ?
Prendre conscience, justement des conséquences à long terme d’une telle attitude.
Être également persévérant dans la tenue de ces réunions hebdomadaires pour que cette bonne résolution ne disparaisse pas au bout de quelques semaines et créer une nouvelle habitude grâce au pouvoir de la répétition.
Enfin, 2 points majeurs à mes yeux :
> Le pouvoir du regard dans les yeux de l’autre quand l’un ou l’autre s’exprime.
C’est difficile au début car l’émotion monte vite et en même temps, c’est très bénéfique car justement, comme l’émotion monte vite, cela crée une belle connexion de coeur à coeur et aide à lâcher le mental.
> Le pouvoir du toucher.
Tu l’as signalé dans ton article et je mets le focus dessus.
Le toucher permet un ancrage qui ramène à notre partie physique et incarnée (l’instant présent) et qui évite ainsi de remonter dans le mental.
Personnellement, le contact physique permet de nourrir mon besoin de sécurité nécessaire pour m’exprimer dans quelque chose qui est difficile à exprimer pour moi.
J’aime soit prendre les mains, ou bien avoir un contact au niveau des genoux.
J’aime à imaginer que ce contact aide et participe à la connexion et à la circulation de l’énergie qui va aider au processus alchimique.

Merci encore Philippe, pour ton article qui m’a inspiré ce commentaire « à chaud ».
Je t’embrasse ainsi que Sylvie en vous souhaitant une merveilleuse fin de WE.
Maxime

Philippe Geffroyhttp://www.lesjardiniersdeletre.com29 mars 2014 at 17 h 08 minRépondre

Merci Maxime, de ton commentaire qui ajoute de la valeur à l’article. Oui tout ce que tu nommes sur la communication non verbale est bien présent dans ce moment d’échange et contribue à son intensité. Je t’avouerai bien humblement que j’ai « résisté » à installer cette pratique (si on a quelque chose à se dire, autant se le dire tout de suite, non?). je crois en fait que derrière c’était une peur de l’intimité, être là, vulnérable, de laisser tomber les défenses, le rôle, la personnalité (personne alitée!). Maintenant, c’est un moment sacré…Comme je le dis souvent, le premier pas coûte, et les autres rapportent!
Bises Phil

Maximehttp://www.qualite-relationnelle.com30 mars 2014 at 7 h 59 minRépondre

J’aime beaucoup ce que tu rajoutes :
La peur de l’intimité, d’être là, vulnérable …
Rien que de le lire donne du sens au fait de le faire.
Quant à la personne alitée, j’adore :-)
Celle-la, je vais la retenir .
Merveilleux dimanche à vous 2.
Maxime

Philippe Geffroyhttp://www.lesjardiniersdeletre.com30 mars 2014 at 9 h 08 minRépondre

Merci Maxime. Nous venons de clore notre conversation hebdomadaire. c’est vraiment stupéfiant de voir comment ce mode de communication amène à des choses nouvelles sur des sujets pourtant fréquemment abordés. Pour arriver à une destination nouvelle, rien de tel que de prendre un chemin nouveau! Réveilons nous!
Je t’embrasse Phil

edithhttp://www.edithlassiatcoach.com16 mai 2014 at 9 h 37 minRépondre

Merci à vous 2 pour la qualité de cet échange…

J’adhère profondément à votre vision empathique, profondément respectueuse et vivante du couple. Mon très cher ami Maxime connaît bien « notre couple » avec Christophe mon amour depuis 28 ans et sait à quel point je vibre de tout cela

J’ajouterai une image qui m’a toujours parlé c’est l’idée du couple comme 1 + 1 = 3
Cette image représente 2 personnes intègres, authentiques, chacune dans la vérité de son être et une troisième « personne », communément appelée « couple ».
Cette « personne » le couple est vivante, vibrante.

Elle n’est ni la somme, ni la fusion de deux personnes qui s’aiment et s’unissent, mais une combinaison fertile de 2 êtres et dont une grande part échappe à chacun.
C’est une « entité » qui a sa part entière, évolue, vit, rit, aime et souffre parfois.

« Le couple n’est ni toi, ni moi mais un peu de nous deux et bien plus encore » et surtout il est construit de tout ce que nous lui offrons:
Temps, respect, rêves communs, projet familial etc…

Si on le voit comme une « entité », cela change l’implication d’exigence, de désir de perfection et on en attend pas qu’il nous répare mais le construit comme un œuvre

Les maîtres mots peuvent être co-création, complémentarité, échange, vibration nouvelle, bref un espace où chacun peut grandir.

On n’y dépose pas forcément tout ce qui ne va pas en soi, ce n’est pas un terrain de règlement de compte ni une surface de réparation, (comme je le vois souvent dans les couples ou femmes que j’accompagne en Communication Profonde Accompagnée) mais un espace de vie et de co-création avec le meilleur de chacun.

En tout cas c’est la plus belle expérience de vie que nous ayons à vivre, une expérimentation de création pure où tout devient possible si on le regarde comme un espace « SACRE »

Peut-être devrait on pénétrer dans cet espace sacré avec un rituel, prendre le temps de sortir de sa partie sombre, se purifier et s’ouvrir avant que d’y plonger…
A bientôt
avec le cœur
Edith

http://humaninside.yolasite.com/blog.php

Philippe Geffroyhttp://www.lesjardiniersdeletre.com18 mai 2014 at 8 h 43 minRépondre

Bonjour Edith. oui c’est exactement notre vison du couple, celle que nous expérimentons depuis 22 ans et que nous transmettons dans nos accompagements. Merci pour ton riche partage. Philippe

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