Comment vivre en couple aujourd’hui…

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La relation du couple actuelle a son origine dans le mariage, relation de longue durée basée sur un engagement pris « pour le meilleur et pour le pire », et pour toute la vie. Ce modèle est en échec aujourd’hui : beaucoup ne se marient plus, un tiers des mariages se termine par un divorce et une grande partie de ceux qui restent ensemble le font pour des raisons liées aux enfants, à la religion, à l’argent, à la peur d’être seul ou à la pression de la famille. Ce modèle « classique » a vécu tant que la femme était considérée comme un «attribut » de l’homme, sans éducation, biens ni profession, et tant que les mariages étaient courts, en raison d’une espérance de vie basse. Il peut se traduire par l’équation 1+1=1 qui devient 0. Nous sommes censés quitter père et mère pour devenir « un » avec l’autre et, par là, nous perdons notre identité propre et c’est là que les ennuis commencent…

Un « contre-modèle » se développe maintenant autour du rejet de ces notions d’engagement et de durée : les résidences peuvent être séparées, tout comme les activités et les amis. C’est l’heure du zapping amoureux et des relations plus ou moins virtuelles sur Internet. Il en découle une manière de rechercher l’homme ou la femme de sa vie comme un produit réunissant certaines caractéristiques bien précises, censées correspondre à des besoins bien définis. Cela va colorer le fonctionnement des couples pour les décennies à venir car environ 2 couples sur 5 se forment grâce à la toile.

Rejeter et prendre le contre-pied absolu d’un modèle ou s’y conformer sans se l’approprier revient dans tous les cas à en rester prisonnier. Alors il est intéressant de chercher une autre voie.Chacun est confronté à un besoin de sens, et cela se fait par une relation privilégiée continue, tout au long de sa vie, avec une religion, un art, un métier, des idées ou… un conjoint. D’où la nécessité de s’unir. Mais ce choix effectué, l’individu est confronté au dilemme de base suivant: comment maintenir sa propre intégrité, sa propre différence tout en restant connecté à l’autre.

Voilà, à notre avis, l’enjeu de la vie en couple aujourd’hui. L’équilibre est nécessaire à la vie, et l’équilibre est dans le mouvement et la fluidité, et non la fixité. Or, la vie en couple est menacée par 3 formes de cristallisation : l’une, sociale, liée à l’institution du mariage (« lien conjugal » et « engagement »), la deuxième, psychologique, en raison de la structure de personnalité des conjoints qui va se révéler peu à peu dans le couple, la dernière étant liée au poids d’une vie quotidienne potentiellement longue et génératrice de routine et de fatigue. Alors il y des risques forts de vie de couple terne, triste, pesante voire destructrice si on n’y prend pas garde. Un autre risque est de se séparer à la première difficulté.

Un nouveau modèle serait une relation continue à long terme, construite sur une expérience et une base partagée, et continuellement remise à jour. Vivre ensemble, c’est choisir de construire la relation qui nous convient à tous deux. On observe que cela fonctionne au début d’une relation (chacun à un compte en banque et les 2 cuisinent ou partagent des activités ensemble…) et que cela disparaît plus ou moins rapidement avec le temps d’une part, et les modifications importantes du système familial (arrivée d’un enfant). Ce nouveau modèle se présente sous la forme : 1+1 = 3  (par rapport au modèle fusionnel évoqué en introduction 1+1=1). Nous avons donc un homme et une femme, chacun suffisamment mature et autonome, et un couple qui représente leur oeuvre au quotidien. Ces 3 éléments s’enrichissent l’un l’autre.

La fusion permanente est malsaine, il y a des éléments nécessitant une séparation, car chaque partenaire a des besoins fondamentaux différents liés à son sexe et à son histoire personnelle. On ne peut durablement se passer de les satisfaire dans un monde ou tout est accessible. Il est possible d’adopter un comportement que nous ne souhaitons pas profondément, mais les émotions et sentiments ne peuvent être travestis par celui qui les ressent. Les besoins fondamentaux des partenaires sont à découvrir: ils évoluent tout au long de la vie. Cela implique de prendre du temps pour actualiser ce qui est important pour soi et de le communiquer à son partenaire, et de résister à la tentation de faire ce qui marche (ou ce qui fait plaisir à l’autre) plutôt que se montrer tel qu’on est. Nous avons récemment accompagné Jacques et Aline: Jacques est un homme sociable, il aime voir ses amis, faire du sport et sortir. Aline préfère le cocooning, la solitude et la lecture. Alors Jacques a abandonné cette partie de ses besoins, cruciale pour lui et, au fil des ans, il est devenu aigri et déprimé et éprouve le besoin de quitter Aline. Un changement est intervenu dans leur couple quand il a appris à identifier ce qui était juste pour lui, et à le dire à Aline en prenant ses responsabilités. Aline, elle, a du apprendre à ne pas se sentir abandonnée lorsque Jacques sortait. Pour cela ils ont dû domestiquer certaines peurs. Ce sont elles qui mettent la pagaille dans la plupart des couples!

L’enjeu est donc de se rencontrer avec nos différences ? Comment mon rythme et ton rythme vont-ils s’accorder ? Le font ils suffisamment souvent ? La différence est une manière de se rencontrer et de développer l’intimité, si l’on sait rester connecté avec l’autre et avec soi-même. C’est l’un ET l’autre, et non pas l’un OU l’autre.

Nourrir sa vie de couple  implique une vision « processuelle » et évolutive du couple, permettant de surmonter les écueils. Il s’agit de passer de « nous sommes faits l’un pour l’autre » (foi, règle) à « j’aime et je choisis d’être avec toi aujourd’hui » (expérience vécue) dans une relation engagée impliquant de faire des mises à jour. Chaque partenaire évolue, les besoins et les projets évoluent, la manière de vivre la relation avec l’autre évolue (ce qui nous attendrissait nous agace!) et il est important de communiquer avec l’autre sur tout cela. C’est à la fois riche et exigeant.

 

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3 commentaires:

malcolm19 juin 2013 at 9 h 50 minRépondre

Bonjour Philippe,

Très beau texte, bravo. Tous les enjeux du couple actuel sont abordés.
Néanmoins, n’est il pas préférable et fondamental de rappeler qu’avant de songer à se mettre en couple il convient d’avoir au préalable effectuer un travail personnel sur soi: connaissance de soi, valeurs , ses attentes et surtout le projet de vie que l’on souhaite proposer à son partenaire?

Selon vous doit on considérer la virtualisation des relations comme une chance? Ou est ce qu’elle ne fragilise pas encore plus la vie de couple de par son incitation au zapping.

Enfin pouvez-vous expliciter ce que vous entendez par le fait qu’une relation privilégiée continue tout au long de la vie donnerait du sens à celle ci.

Merci

Sylviehttp://www.lesjardiniersdeletre.com19 juin 2013 at 22 h 37 minRépondre

Bonsoir,
Oui votre question est tout à fait juste. Plus chacun aura clarifié qui il est, plus il pourra offrir sa compagnie à un partenaire.
De plus, le projet de couple va s’élaborer au fur et à mesure que la relation sera bien consolidée. C’est vraiment ensemble et en tenant compte des aspirations de chacun.
Vous parlez aussi du côté ‘virtuel » des relations. Vous voulez parler des outils comme internet? C’est selon nous, juste un mode de contact dans une première étape et il faut l’aborder en tant que tel.Après, tout est à construire, planter, arroser avec patience et persévérance.
Donner du temps à son couple, comme donner du temps à son enfant pour qu’il grandisse…
Une relation durable est un espace sacré pour chacun. Chacun va pouvoir expérimenter ce qu’est donner et recevoir mais bien plus encore. » Donner du sens ‘, c’est se poser la question: par notre couple, qu’apportons-nous à cette terre et cette humanité? Quelle est notre pierre à l’édifice et de quoi témoignons-nous par notre présence? Plus de paix? Plus de joie?
Merci pour vos questions.

malcolm20 juin 2013 at 3 h 47 minRépondre

Merci beaucoup de votre retour. C’est plus clair pour moi.

Au plaisir de vous lire.

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