La conscience expliquée par la cuisine

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On me demande souvent comment faire pour changer ses comportements, manières de faire et d’être. Et je réponds invariablement que cela commence par la conscience aiguisée de ce qui est présent en soi, suivi du partage de cette conscience, partage qui implique de mettre à jour une part de sa vulnérabilité. Alors se crée une qualité d’échange suffisante qui fabrique du changement sans décisions, prescriptions, engagements ni recherche de solutions. Oui, c’est bien joli, mais, concrètement, c’est quoi la conscience ? Un exemple culinaire va nous y emmener.

1525Chaque dimanche, Julie « sacrifie » au rituel du déjeuner avec sa mère âgée, qui vit seule à 50 kilomètres de chez elle. Ce moment a du sens pour Julie, elle a conscience que chacun de ces dimanches est peut-être le dernier, et qu’un jour où l’autre, sa mère ne sera plus suffisamment autonome, et que s’en sera fini de ce moment chez elle. Alors, tout en vivant la contrainte (et parfois le ras le bol) de ce rituel dominical, Julie fait en sorte d’en profiter pleinement en échangeant de manière ouverte avec sa mère sur le passé, le présent et… l’avenir. La conscience, c’est déjà pouvoir mettre à jour et accueillir sans les juger les différentes parties de soi et leurs antagonismes. Et la responsabilité, c’est choisir celle qu’on va mettre en avant plan.

Chaque dimanche, la mère de Julie cuisine une tarte aux pommes, la même depuis toujours, fondante et délicieuse. Il se trouve que Julie n’aime pas la croûte de la tarte, alors que sa mère en raffole. En fin de repas se produit systématiquement, presque mot à mot, la même interaction qui agace profondément Julie.

La mère : « tu ne manges pas la croûte ? »

Julie : « non maman, tu le sais bien, je n’aime pas la croûte quand elle est épaisse »

La mère, visage fermé, prenant la croûte dans l‘assiette du Julie : « tu as tort, c’est le meilleur ! »

Soupir de Julie qui passe à autre chose. Et s’il y avait plus de conscience dans ce dialogue, ça pourrait donner quelque chose comme ceci :

La mère : « je vois que tu ne manges pas la partie que je préfère dans la tarte, en fait, c’est bête, mais ça me rend triste, c’est comme si nous étions séparées »

Julie : « je comprends ça, maman, la semaine est longue pour toi. Ça m’attriste que tu vives ça. De mon côté je ne me suis jamais sentie aussi proche de toi, maintenant que tu avances en âge »

La mère : « oui je le vois bien, mais dès qu’il est question de cette tarte, je ne sais pas ce qui se passe, cela m’énerve, et en même temps je le regrette, mais ne peut pas faire autrement, veux-tu bien m’excuser ? »

Julie : « oui bien sûr, ce n’est pas si grave que ça, même si j’aimerais que cela cesse, et d’ailleurs je dois te dire que je mangerais bien un morceau de cette croûte. En fait je pensais te faire plaisir en te la laissant. »

La mère : « à vrai dire je me force un peu pour la finir, une vieille habitude, tu sais d’où elle vient ! »

Julie : « oui je crois ». Elles rient.

Chaque micro-événement de notre vie nous impacte au plan émotionnel, et c’est de cette conscience-là dont il s’agit. Sans être toujours dans une hyper-vigilance, chaque interaction insatisfaisante et répétitive est l’occasion d’aller voir en profondeur ce qui se passe. Derrière cette histoire de croûte de gâteau (partie émergée de l’iceberg), se cache quelque chose de beaucoup plus intime, profond, fragile, précieux (partie immergée). Prendre le temps et le soin de le mettre à jour pour soi et de le révéler à l’autre honore la relation, lui donne de l’intensité et permet de sortir très vite des jeux relationnels et des conflits. C’est ce que nous apprenons aux couples qui viennent en séjour à Lajus. Cela implique de ralentir pour regarder ce qui est. Tout simplement, mais ce n’est pas si simple : d’une part nous sommes habitués à fonctionner avec des arcs-réflexes émotionnels, et d’autre part il nous faut acquérir le langage de l’intelligence émotionnelle : conscience et compréhension de son émotion, gestion et partage avec l’autre. Mais ce qui se passe est assez magique si l’on respecte le vécu de l’autre et nos différences. Alors il n’y a rien à faire qu’à mettre à jour ces vécus, et laisser l’effet s’faire….

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